
Le 18 mai 2026, InDiCo-Global a organisé un webinaire marquant une étape importante: dix ans après l’adoption du RGPD. La session — «RGPD et anonymisation: De la législation aux solutions techniques et à la définition de normes» — a réuni des experts en matière de défense des consommateurs, de pratique juridique, de normalisation technique et de conseil en données afin d’examiner comment l’anonymisation est comprise et appliquée dans la pratique et si les approches actuelles suivent le rythme de l’évolution technologique.
La discussion a montré que l’anonymisation n’est pas seulement une question technique. Elle est au cœur du droit, de la protection des consommateurs, de la responsabilité organisationnelle et de l’élaboration des normes. Bien que le RGPD reste délibérément neutre sur le plan technologique, les intervenants ont souligné que l’absence d’orientations concrètes expose tant les consommateurs que les responsables du traitement des données à une grande incertitude.
Le webinaire a été accueilli et présenté par Francesco Panella, analyste politique et consultant chez Martel Innovate, avec Xavier Piednoir, coordinateur du projet InDiCo-Global? encadrer les thèmes centraux de la session. Xavier fait observer que la protection des données n’est pas un défi qui relève uniquement de l’UE, mais qu’elle reflète les valeurs de l’UE qu’InDiCo-Global cherche à intégrer dans les normes numériques, et que les questions numériques ne reconnaissent pas les frontières.
Dix ans après: État des lieux
La session a examiné la relation historique entre le développement du RGPD et les pratiques d’anonymisation des données de l’époque, en examinant dans quelle mesure la législation et l’innovation technique ont évolué progressivement depuis lors. La réponse, pour tous les points de vue, était mitigée. Le RGPD a établi un cadre historique, mais sa conception délibérément neutre sur le plan technologique a laissé des questions critiques de mise en œuvre non résolues, et les normes tant juridiques que techniques ont eu du mal à suivre le rythme de l’évolution du paysage des données. En tant que Xavier dix ans plus tard, le domaine continue de travailler sur ces mêmes questions fondamentales.
Le point de vue des consommateurs
Chiara Manfredini, conseillère juridique et politique au Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), représentant plus de 40 groupes de membres, ouvert en soulignant le pouvoir qui s’inscrit dans une définition juridique unique. Le RGPD ne s’applique que lorsque des données à caractère personnel sont traitées, ce qui signifie qu’en l’absence de cette qualification, la protection des données accordée par le règlement ne s’applique pas. La définition des données à caractère personnel est le point de départ de toute protection.
Le RGPD ne définit pas explicitement les données anonymes, laissant la frontière entre les données anonymes et pseudonymes à l’appréciation au cas par cas. La proposition omnibus sur le numérique présentée par la Commission européenne en novembre 2025 a tenté d’apporter de la clarté, mais Comité européen de la protection des données et Contrôleur européen de la protection des données (EDPB et CEPD) a averti que les modifications proposées risquaient de restreindre la notion de données à caractère personnel.
Le point de vue du responsable du traitement
Mme Magdalena G � ralczyk, responsable de la protection des données chez White Label Consultancy, a mis le point de vue du responsable du traitement sur la table. Travaillant principalement avec de grandes organisations mondiales, elle observe que les entreprises et les consommateurs sont unis par la même frustration: la frontière entre les données à caractère personnel et les données anonymes reste contestée, tant sur le plan juridique que technique.
Le RGPD présente aux responsables du traitement un système binaire: soit les données sont à caractère personnel et le règlement a toute son importance, soit elles sont anonymes et la loi ne s’applique pas du tout. Il n’existe pas de solution intermédiaire, ni de cadre intermédiaire, ni d’orientations officielles sur ce qui constitue une anonymisation suffisante. Les responsables du traitement doivent procéder eux-mêmes à cette détermination, quotidiennement, avec de graves conséquences juridiques s’ils se trompent.
Elle présente quatre catégories de mesures techniques disponibles:
- Réduction de l’identifiabilité directe: hachage, masquage, tokenisation et cryptage — universellement compris comme produisant des données pseudonymes plutôt que véritablement anonymes.
- Réduction de l’identifiabilité indirecte: traiter les quasi-identifiants tels que le code postal combiné à l’âge, qui permettent d’identifier les individus au sein de populations plus importantes.
- Modèles respectueux de la vie privée: protection différentielle de la vie privée et production de données synthétiques, qui permettent une analyse sans exposer les individus — même si des recherches récentes ont montré que même des ensembles de données synthétiques peuvent être inversés pour récupérer des données originales.
- Mesures organisationnelles et architecturales: restrictions contractuelles et cryptage sans clés de décryptage, qui modifient l’environnement des données plutôt que l’ensemble de données lui-même.
Les meilleures pratiques consistent à combiner des mesures dans les quatre catégories, mais une protection renforcée entraîne généralement une réduction de l’utilité des données. Toutefois, l’absence de cadre technique juridiquement reconnu pour définir la manière dont l’anonymisation des données devrait être effectuée crée une incertitude pour les responsables du traitement.
Le point de vue juridique
Frederick Richter, directeur de la Fondation allemande pour la protection des données, a étudié le paysage juridique de l’anonymisation. Bien qu’elle soit au cœur du fonctionnement du RGPD dans la pratique, l’anonymisation n’est jamais explicitement définie ou guidée dans le règlement lui-même, tandis que la pseudonymisation fait l’objet d’un traitement explicite et est examinée dans le Lignes directrices de 2025 sur la pseudonymisation par le comité européen de la protection des données. Cela signifie que les organisations qui souhaitent anonymiser les données de manière responsable ne disposent actuellement d’aucun corpus réglementaire juridiquement sûr à suivre. La situation est encore compliquée par l’arrivée du règlement sur les données, qui introduit des chevauchements avec le RGPD.
Les orientations spécifiques les plus récentes sur l’anonymisation, qui remontent à 2014, sont antérieures au RGPD et, bien que le comité européen de la protection des données travaille à une mise à jour, elles ne sont pas encore disponibles. Les organisations doivent donc faire appel à leur propre jugement.
Sécurité juridique: un intérêt commun
L’un des principaux messages à retenir du panel est que la clarté et la sécurité juridique constituent un intérêt commun pour les principaux acteurs concernés par les politiques et la législation en matière de protection des données. Dans un cadre réglementaire clair, tous les acteurs peuvent en bénéficier: les responsables du traitement peuvent garantir le respect des règles et agir de manière responsable, les personnes concernées sont conscientes de leurs droits et les autorités chargées de faire appliquer la législation peuvent disposer d’un mandat plus clair pour examiner les bonnes et les mauvaises pratiques.
Il y a également eu une convergence importante entre les perspectives: le RGPD n’est pas une interdiction du traitement des données, mais un cadre pour le faire en toute sécurité. La sécurité juridique est en fin de compte bénéfique pour tous — si les entreprises peuvent se conformer clairement et en toute confiance, la confiance des consommateurs s’ensuivra.
Les perspectives
Le webinaire s’est conclu par un message clé: le principal défi pour la protection des consommateurs n’est pas l’absence de règles, mais plutôt la nécessité de garantir une application rigoureuse et de fournir des orientations pratiques actualisées. Les intervenants ont appelé à une collaboration plus étroite entre les communautés juridiques et techniques. La mise à jour des orientations du comité européen de la protection des données en matière d’anonymisation — au niveau européen plutôt qu’au niveau national — a été considérée comme une priorité.
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